La bonzesse qui dansait



Cette histoire s'est passee au temps du bon roi SUK Jong.

Le roi Suk Jong avait l'habitude de se promener seul et incognito dans les rues de sa capitale afin d'ecouter son peuple et de venur en aide aux malheureux. Ou bien encore pour rendre justice a ceux qui n'avaient pas ose la demander.

Un soir, il se promenait ainsi dans la valee pres de la Montagne du Sud lorsque son attention fut attiree par des sons melodieux provenant d'une flute. Ces sons sortaient d'une modeste maison, a peine eclairee par la lumiere tremblante des chandelles que l'on discernait a travers le papier des murs. Intrigue et charme, le roi s'approcha, et voyant un endroit du papier dechire, il se pencha et regarda a travers. Ce qu'il vit le plongea dans un grand etonnement. En effet, a l'interieur de la maison, une jolie bonzesse, toute rose de l'effort qu'elle faisait, dansait, un eventail a la main. Sa tete etait fraichement rasee et recouverte d'un turban qui dissimulait un peu son absence de chevelure. Un jeune homme accoupi, l'air avenant, l'accompagnait, talentueusement, al la flute.

Il y avait, devant lui, une table basse, couverte de mets delicieux et de bouteilles de bon vin. Derriere cette table de fete, se tenait un vieil homme qui dodelinait de la tete tout en caressant sa longue barbe blanche et poussant de gros soupirs, et, une vieille femme, le visage inonde de larme, qui buvait une coupe de vin en refoulant ses sanglots. Ce spectacle etait so insolite que le Roi desira en savoir plus. Il frappa a la porte de l'humble demeure et se presenta comme un voyage de passage, attire par le son de la flute et l'ombre de la danseuse qui se profilait sur le mur de papier ; il sollicita l'autorisation de s'asseoir dans un coin et de regarder la danse tout en se reposant. Bien entendu, il esperait que sa presentce ne derangerait pas ses hotes...

Le vieil homm s'inclina devant le monarque et lui repondit :

"A en juger par votre aspect vous etes probablement un tres grand seigneur, votre maintien est plein de grace et en meme temps de dignite, comme d'ailleurs votre voix. Je vous en prie, soyez le bienvenu dans cette modeste demeure, mais la danse q'execute ma belle-fille ne merite pas autant d'attention."

Le Roi repliqua :

"Je suis las de voir les danses sophistiques et la musique elaboree par les professionnels des fetes officielles ; cette danse simple est reposante et j'ai plaisir a la regarder. Toutefois, une chose m'intrigue ; pourquoi votre belle-fille a-t-elle l'aspect d'une bonzesse et votre fils joue-t-il de la flute, pendant que cette vieille dame pleure et que vous-meme poussez des soupirs melancoliques, comme si vous aviez tous deux du chagrin? Pourtant cette jolie musique, cette danse gracieuse et ce repas de fete devraient rejouir vos coeurs."

Le vieil homme se mit a soupirer de plus belle, et repondit :

"Seigneur, je m'appelle KIM et je suis un lettre inconnu. A deux reprises, je me suis presente aux Examens, mais, comme je n'ai pas reussi et que je n'ai pas eu le courge d'affronter de nouveau l'epreuve, je suis venu me refugier dans cette valee pres de NAMSAN pour me consoler de mes echecs, en lisant les classiques et en composant des poemes. J'ai envoye mon fils, pendant ce temps, poursuivre ses etudes dans l'espoir qu'il pourra un jour, lui, tenter sa chance aux Examens. Ma belle-fille, elle, fait des travaux de couture pour les gens riches du voisinage ; c'est une fille gentille et courageuse qui nous prepare toujours leriz et l'orge pour les repas. Notre pauvrete est telle que ma femme et ma belle-fille ne disposent que d'une seule jupe de coton en bon etat et ne peuvent donc sortir qu'a tout de role si elles veulent rendre visite a des voisines. Nous sommes toutefois heureux comme ca, du moins durant le printems, l'ete et l'automne ; quant a l'hiver, nous esperons toujours qu'il ne viendra pas car nous n'avons pas de chauffage 'ondol' dans notre maison et il y fait tres froid. L'hiver dernier ma belle-fille etait partie travailler chez des voisins et ma femme a du faire du bois avec du portail d'entree de la maison. Le soir, malheureusement, il y a eu une terrible tempete de neige, et, toute la nuit, le vent a secoue la maison et la neige est entree partout car nous n'avions plus de portail pour nous proteger."

Puis le vieil homme continua d'une voix triste :

"Aujourd'hui c'est mon soixantieme anniversaire, et nous n'avions rien pour le celebrer. Oh, je me moque bien de feter un anniversaire! Mais, a mon insu, ma belle-fille a coupe ses cheveux dont elle etait si fiere ; elle qui les portait avec tant de grace en chignon, tenu par une epingle en bois-ici, nous n'avons jamais possede ni or ni argent - elle est allee les vendre a une riche dame, ravie d'ajouter xes beaux cheveux a sa chevelure clairesemee. Avec l'argent ainsi gagne, ma belle-fille a prepare toutes ces bonnes choses et achete du vin pour me rendre heureux. Vous comprenez, maintenant pourquoi elle ressemble a une bonzesse. Ce soir elle dansait, accompagnee par son mari qui joue de la flute, pour egayer nos vieux coeurs. Nous nous etions assis pour manger et boure, se souhaiter une longue vie dans la joie, mais, ni ma femme, ni moi, ne sommes arrives a absorber la moindre nourriture tellemtne nos coeurs etaient etreints d'etotion, tellemtne ils etaient heureux et malheureux a la fois."

Le Roi emu de tant de piete filiale felicita le vieil homme :

"Ces jeunes gens sont la fierte de notre pays." dit-il aux deux vieux. Et il ajouta :

"Ils meritent d'etre recompases."

Puis il interpella le jeune homme et lui fit promettre de se presenter a l'examen de printemps en lui disant que le Ciel pourrait se montrer favorable du fait de sa piete filiale et lui venur en aide.

Le jeune homme effraye repondit qu'il craigni de ne pas etre pret et aussi qu'il n'avait pas de soutien puissant pour l'aider.

"Qui sait," lui repliqua le Roi en souriant.,

"Un miracle est toujours possible."

Lorsque le printemps arriva, le jeune KIM de NAMSAN se presenta a l'examen, et se mit dans les derniers rangs, modestement, derriere la centaine de candidats qui se presentaient.

L'examinateur annonca le theme de reflexion : LA BONZRSSR QUI DANSAIT...

"Les idees a developper sont les suivants : Une flute joue et accompagne les soupirs d'un beau-pere et les larmes d'une belle-mere lors d'une flute."

Les candidats froncerent le sourcil, en preparant leur papier et en frottant leur pierre a encre ; ils lisaient leurs pinceaux avec interrogation et plus d'un se demandait ce que pouvait signifier un theme aussi etrange. Certains disaient que ce theme ne leur rappelait aucune lecture classique connue. D'autres, plus pres de la verite, se doutaient que le Roi avait du voir un spectacle peu courant durant ses promenades nocturnes. Mais, sans connaitre le fond de l'histoire il etait impossible de faire une composition de bonne qualite.

Le jeune KIM, etonne d'entendre proposer son histoire, se dit, interieurement, que l'etranger qu'ils avaient recu devait etre un personnage bien puissant pour avoir pu ordonner ce theme de composition. Un homme puissant avec de surcroit un coeur compatissant. Plein de courage et d'espoir, il prit son pinceau et redigea un recit dans un style raggine, y ajoutant, en outre, la visite d'un seigneur inconnu qui avait assiste a la fete insolite.

Il remit sa composition en s'inclinant respecteusement devant l'examinateur puis reprit sa place au fond de la salle, pour attendre les resultats avec les autres candidats.

Une heure plus tard le roi SUK Jong fit son entree au son de la musique de Cour. Il etait accompagne de l'ezaminateur.

D'une voix solennelle, celui-ci annonca :

"KIM Hyo-Nam, KIM Hyo-Nam a obtenu le premier prix! KIM Hyo-Nam vous etes prie de vous presenter en audience devant le Roi."

Le jeune KIM s'avanca la tete inclinee et les yeux baisses ; il se prosterna devant le Roi. Le monarque luidit en souriant avec bonte.

"Leve la tete et regarde moi."

Le jeune KIM leva les yeux et resta stupefait en reconnaissant le noble etranger que ses parents avaient accueilli. Le Roi annonca alors qu'en recompense de sa bonne conduite, de la contuite admirable de son epouse, et egalement de son indeniable talent littaire, il lui conferait le grade de CINSA(bachelier es-lettre) et lui confiait un poste de secretaire dans son Cabinet.

Ainsi fut recompensee la piete filiale.
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