|
Un vieux pere
de famille coreen, sur le point de mourir, fit
venir a son chevet ses deux fils Nolbo et Heungbo.
Il esperait, qu'apres sa mort, ses enfants pourraient
vivre en parfaite harmonie, en cultivant sa
terre et en jouissant des fruits que son travail
leur avait procures.
Il les embrassa en pleurant et leur demanda
de lui promettre de continuer a s'aimer apres
sa mort. "Vous etes mon sang et ma chair,
ce que j'ai de plus precieux, je pourrais mourir
heureux si vous me promettez d'etre bons et
secourables l'un envers l'autre". Les deux
fils, pleurant eux-aussi, promirent a leur pere
de respecter a leur pere de respecter sa derniere
volonte.
Helas, l'aine nolbo etait un homme avare au
coeur sec, marie de surcroit a une megere. Celle-ci
gavait continuellement ses enfants qui ressemblaient
a des tetards au ventre tout rond. En revanche,
elle se conduisait en harpie impitoyable avec
ses neveux, les enfants de Heungbo.
Les petits, affames, s'approchaient souvent
de la marmite fumante en pleurant de faim. Leurs
petites mains implorantes auraient attendri
un coeur de pierre. Mais leur detresse laissait
insensible la megere qui les frappait sur la
joue, en rigolant mechamment, avec une louche
en bois qu'elle utilisait pour servir le riz.
Les enfants affames, devaient se contenter de
lecher les grains de riz qui se collaient ainsi
sur leurs figures et tendaient meme leurs joues
rouges dans l'espoir de voir d'autres grains
de riz s'y coller.
Quant a leur mere, la femme de Heungbo, elle
n'etait rien de plus qu'une esclave silencieuse,
dont le coeur bondissait pourtant d'indignation
face a un traitement aussi inhumain. Un jour,
la femme de Nolbo commenca a lui chercher qurelle
puis couvrit sa belle-soeur d'injures. Au meme
moment, nolbo arriva et se mit lui aussi en
rage contre son frere qu'il traita de parasite
et de bon a rien : "Combien de tems encore
vas-tu vivre a mes crochets?!" hurla-t-il.
"Pars avec ta femme et tes enfants et debarrasse-moi
de ta presence, que je ne te voie plus!"
Le pauvre Heungbo, qui etait un etre doux et
gentil, hocha la tete avec tristesse et sortit,
sans un mot, avec sa femme. N'ayant pratiquement
rien, ils eurent vite fait de faire leurs valises
et ils quitterent avec leurs, enfants, ce foyer
inhospitalier, le coeur gros car ils ne savaient
ou aller.
La pauvre famille erra longtemps sans savoir
ou trouver un toit. Finelement, ils s'abriterent
dans une grotte, pres d'une colline, sans avoir
mange ; Ils n'avaient emporte aucune provision,
on ne leur aurait d'ailleurs rien donne. Ils
s'endormirent tout de meme.
Le matin suivant, Heungbo prit sa serpe et de
quoi porter un chargement de bois sur son dos,
puis il partit couper des tiges de mais et de
bambous sauvages, pour construire une hutte
avant la nuit.
Ce fut une hutte bien miserable, toute petite
et basse de plafond, tellement qu'elle fit pleurer
sa femme. "Helas, mon mari, que ferons-nous
lorsqu'il va pleuvoir ou neiger, avec tous ces
trous dans la toiture?" dot-elle. Heungbo
lui sourit tendrement et lui repondit : "Ces
trous? A travers, nous verrons la lune et les
etoiles et nous aurons beaucoup de joie a les
contempler. Nous sommes, helas, pauvres mais
nous restons courageux, travailleurs, honnetes
et bons ; les dieux, peut-etre, penseront un
jour a notre toit et nous recompenseront."
Et le brave homme eut un rire plein de gaiete.
L'hiver vint, puis le printemps avec ses fleurs
et ses oiseaux. Quelques hirondelles construirent
un nud sous le toit de branches de la pauvre
famille. Elles gazouillaient et chantaient,
allaient et venaient a la recherche de petits
insectes, ou bien partaient pour de mysterieuses
promenades. Un jour, une hirondelle, qui s'etait
battue avec un serpent pour proteger son nid
et ses petits, tomba blessee par terre et se
brisa une patte. Heungbo eut pitie du petit
animal. Il tua le serpent, prit doucement l'oiseau
palpitant et lui remit sa patte en place. Il
y attacha ensuite une petite brindille pour
maintenir la patte cassee, puis il remit l'hirondelle
dans son nid.
Eh bien, vous pouvez ne pas le croire, mais
la Reine des Hirondelles, qui vivait la-bas,
au-dela de la Mer du Sud, organisa un jour un
banquet ; c'etait a l'occasion du retour de
ses vassales, qui emigrent toujours vers le
Nord, au printemps, puis reviennent au pays
natal en automne.
Alors
que les hirondelles defilaient devant le trone
de la Reine, l'une d'entre elles s'approcha
de sa majeste en dansant et lui raconta avec
qu'elle bonte et qu'elle compassion l'avait
traitee un humain nomme Heungbo. Le recit fit
grande sensation dans cette assemblee ailee.
La Reine fut tres touchee par la conduite de
Heungbo et remit, au printemps suivant, a ses
vassales, un present pour lui : c'etait une
graine blanche que celles-ci devaient lui remettre
de la part de sa Majeste la Reine des Hirondelles.
Les hirondelles s'evolerent et, des qu'elles
apercurent la pauvre cabane de Heungbo, elles
firent tomber la graine devant la porte. Heungbo,
qui sortait justement de chez lui, leva la tete,
vit les oiseaux gazouillants et comprit qu'il
s'agissait d'un cadeau pour lui. Il prit la
graine et la planta dans son potager.
Une petite pousse surgit rapidement de terre
et se transforma en une longue tige semblable
a celle d'une vigne. Des fleurs toutes blanches
apparurent puis elles se transformerent en cinq
cabebasses de grande taille. Lorsque Heungbo
et sa femme les cueillirent pour en extraire
la pulpe et la manger, ils s'etonnerent de la
durete de leur coque ; ils eurent beaucoup de
mal a la scier car elle etait aussi solide que
celle d'une noix.
Quant ils parvinrent enfin a ouvrir la premiere
calebasse, apres bien des efforts, ils eurent
la joie de voir jaillir de son coeur neigeux
un flot d'or, d'argent et de pierres precieuses,
des agates, de l'ambre, du corail, des rubis
et des emeraudes...
Lorsque le pauvre couple eut ouvert la seconde
calebasse, il en surgit comme par magie une
jolie maison pleine de beaux meubles. De la
troisieme calebasse, sortirent des rouleaux
de soie, en quantite, et des brocarts. De la
quatrieme calebasse jaillirent des sacs de riz
a la pelle et de la cinquieme sortirent des
serviteurs et des servantes qui s'inclinerent
devant leurs nouveaux maitres.
Heungbo devint ainsi un homme riche et sa famille
ne connut plus la faim et la detresse.
Lorsque l'avare Nolbo eut appris ce qui etait
arrive a son frere et entendu l'histoire de
l'hirondelle, son coeur se remplit d'une envie
verte. Il se precipita chez lui a la recherche
d'une hirondelle. Des qu'il en vit une sous
son toit, il lui lanca des pierres jusqu'a ce
qu'il la fit tomber de son nid et lui cassa
une patte. Il lui remit ensuite la patte en
place et y attacha une attelle pour maintenir
la fracture. Il mit alors l'oiseau dans son
nid et lui demanda effrontement de ne pas oublier
de le recompenser de sa bonte. Un peu plus tard,
l'hirondelle, courroucee, s'envola vers le Sud
et raconta a sa Reine les miseres que lui avait
fait subir l'avare Nolbo. La Reine en fut tres
irritee et donna a sa vassale une graine blanche
et l'ordre de la remettre a ce mechant homme
au printemps. Cela fut fait.
Quand il recut la graine, Nolbo la prit avec
avidite et alla sur le champ la planter dans
son jardin. Apres plusieurs nuits sans sommeil,
passees a attendre, il vit egalement apparaitre
une plante avec cinqu calebasses gigantesques.
Il se mit immediatement a en scier une. De la
premiere calebasse jaillit toute une bande de
singes qui se mirent a sauter dans tous les
sens en poussant des cris aigus. Ils mordirent
Nolbo, lui arracherent tous ses vetements et
lui tirerent les cheveux. De la deuxieme calebasse
sortit une nuee de batons qui se mirent a marteler
le crane et le corps du mechant homme. De la
troisieme surgirent des diables qui s'acharnerent
sur Nolbo et le pincerent avex leur griffes.
De la quatrieme calebasse sortit une nuee de
serpents, de scorpions et de crapauds qui attaquerent
et piquerent Nolbo en sifflant et en croassant.
Pendant que celui-ci se debattait comme un beau
diable, gemissant et reclamant de l'eau pour
ses blessures, la cinquieme calebasse s'ouvrit
et il en sortit un liquide visqueux et puant.
Nolbo s'y enfonca en hurlant de terreur. Il
se mit a nager en appelant au secours mais les
gens qui s'etaient approches pour voir le spectacle
riaient tous, car il etait deteste de tout le
monde.
Apres bien des efforts, Nolbo reussit a s'extirper
du liquide nauseabond et s'ecria : "J'etais
trop cupide et je viens d'etre puni pour mon
avarice et mon coeur dur."
Ayant, tout perdu dans ce desastre, il devint
mendiant.
Un jour, apres bien des errances, il se retrouva
en bas des marches de la belle demeure de Heungbo.
Plein de honte et de remords, il eclata en sanglots
et pleura comme un enfant.
Juste a ce moment-la, son frere sortit de sa
maison et l'apercut. Quand il eut appris l'infortunite
de son aine, il le reconforta et le recut chez
lui avec une chaleur et une generosite fraternelles.
Il lui fit boire une grande coupe de vin en
lui disant : "Bois et noie ton chagrin."
Puis, il l'invita a venir habiter avec toute
sa famille dans sa belle maison.
|